On arrive tôt, 16h50, la foule est encore dispersée à ce moment, à l'entrée du BIFFF. J'aperçois Louis Michel, ex-Commissaire européen à l'humanitaire qui sort de sa voiture. Mais que fait-il là ? Il est vrai que le site de Tour & Taxis où se tient le BIFFF est très grand, au point d'héberger plus d'une manifestation. Je n'avais pas mes tomates. Dommage, j'avais une folle envie d'en jeter quelques unes. Mais que vois-je ? Un clone de Thirteen (Olivia Wilde si vous préférez) presque parfait. Pas aussi anorexique, mais moins fut' fut'. Elle a trop chaud, puis être contre les gens au milieu de la foule, ça la dégoûte et tout ça. Casse-toi sous la pluie tant qu'il y en a et fiche nous la paix. Quelle idée de venir te plaindre d'être au milieu de la foule à une avant-première. En plus, il y a encore peu de monde. Brrr! Faudra pas l'inviter sur Parano celle-là !

La file est longue. J'étais au début, mais le détenteur de mon ticket n'est pas arrivé avant moi, je me suis trouvé obligé de la refaire. Mon organisation fut bien pourrie avec des gens qui venaient de différents horizons et qui ne se connaissent pas tous. Il y en a même un que je n'ai pas vu du tout. À refaire, en mieux. Des gens déguisés ici et là, c'était à prévoir. En fait, ça doit être les seuls fans qui ont fait le déplacement. Mais non, je déconne, tout le monde sait bien qu'un trekkie ne s'assume généralement pas. Tiens, je n'ai pas mis mon costume. Je sors du boulot, j'ai atrocement chaud moi aussi, je n'aurais pas supporté, je déteste la chaleur. Et puis ce n'est pas de la bonne période. Je viens voir Kirk, pas Picard, et je n'ai que la tenue de cérémonie de Picard. Je distingue un moine bajoran, un lieutenant de Starfleet Command avec un jeans bleu clair (boooouh!), et un officier Starfleet Medical.

Mais on se presse. Comment ? Je ne peux pas prendre mon GSM dans la salle ? Ah mais il faut juste l'éteindre et on me fichera la paix. OK, tenez, gardez-le bien, ça me permettra de faire un sourire à la jolie brune qui me le rendra à la sortie. Et ils font ça sérieusement avec détecteurs et quelques espions dans la salle qui scrutent le public pendant la projection pour que personne ne filme. Quelle époque vivons-nous....

La salle improvisée est réussie, elle est spacieuse, l'écran est moyen, et ce sont de vrais sièges de cinoche. Enfin pour 5 € vous me direz, on ne se fait pas voler, et j'apprends même qu'on aura une affiche gratuite à la sortie, mais en petit format, pour compenser l'absence du casting. En fait de casting, Karl Urban (McCoy) et John Cho (Sulu) viendront pousser la chansonnette à la demande pressante du public mais ignoreront les appels à se mettre à poil. La censure est sauve. Enfin, après une longue attente et quelques bons conseils de la part des majors pour qu'on évite de se retrouver gazés au Klondike D si on se permettait de filmer, la projection du film commence.

D'entrée, on sent que le film n'a pas été fait par des habitués de Star Trek. On ne vous l'a pas dit ? C'est JJ Abrams qui est aux commandes, celui a qui on doit Alias, Lost, Impossible Mission 3, Fringe... Entre autres. Les prises de vues sont nettement plus modernes, plus nerveuses. Pour autant, le paysage est familier, on ne se sent pas perdu en ce 23ème siècle. Sauf que ce vaisseau, là, il vient d'où ? Ah. Visiblement, c'est les vilains. Ils sont laids, portent des tatouages sur la face, et n'ont pas l'air très contents.

Je m'arrête ici, je ne suis pas là pour vous raconter l'histoire. L'objectif avoué des producteurs, tant pour Paramount qui produit tous les films depuis le début que JJ Abrams et ses potes, c'est de donner envie aux néophytes d'aller voir un film estampillé Star Trek. Ils ont décidé de revenir aux débuts, aux temps du trio le plus célèbre de la science-fiction que sont Kirk, Spock et McCoy. Alors qu'en penser ? Mais putain on s'en branle ! Le but c'est quand même de passer un bon moment de cinéma et Abrams et ses potes se sont tellement bien acquittés de leur tâche que Paramount leur a déjà demandé d'écrire un second script (les acteurs ont une clause dans leur contrat pour trois films). Si ce premier film est un peu handicapé par le fait qu'il est une introduction à Star Trek et ses personnages, le second laissera la place à une intrigue plus profonde, des méchants plus charismatiques, et un équipage bien plus familier avec son vaisseau.

Si Star Trek vous a toujours fait peur, si vous avez toujours eu William Shatner en horreur, si vous n'avez jamais supporté cette atmosphère de connivence qui pèse entre Trekkies, ce film est pour vous. Et en plus, vous pourrez faire enrager les "anciens" sur le fait que c'est ce film qui vous a permis d'aborder cette franchise, qu’il est mieux foutu que les 10 précédents, et parce que je sais que nombre d'entre eux n'aiment pas les changements et la modernisation apportée à Star Trek. Vous voulez une vraie critique de film ? Je peux pas rester, le travail m'appelle. Et en plus c'est déjà trop long, et puis franchement, même si mon avis sera très tranché, il serait mieux pour vous d'avoir le point de vue de quelqu'un qui n'avait jamais vu un Star Trek avant.

Vous la voulez quand même ? Vous êtes prévenus, hein !

Il y a en fait une seule chose qui m’a vraiment déplu dans ce film, c'est les vilains. Bien sûr, on saura d'où ils viennent et quelles sont leurs intentions. Mais malgré toute la bonne volonté d'Eric Bana qui interprète leur leader, ces vilains sont transparents et manquent totalement de profondeur. Ils ne font pas vraiment peur. La faute au scénario : j'ai nettement l'impression qu'ils ne sont là que pour mieux servir l'introduction des héros, point sur lequel le film s’appuie principalement.

Et cette introduction est réussie. Nos héros, les trois déjà mentionnés plus le reste du futur équipage de l'Enterprise, Sulu, Chekov, Scotty, et Uhura, bénéficient d'un scénario béton. Ils sortent pour la plupart de l'académie et font connaissance dans des conditions diverses, et quelques uns d'entre eux doivent même ruser pour participer au voyage inaugural de l'Enterprise. L'humour est très présent, et mêle habilement le comique avec de multiples références à la série originale. Cette recette plaira sans nul doute aux fans, autant qu'elle devrait plaire aux néophytes. Toutefois, le personnage de Scotty semble tourné au ridicule, ce qui est dommage pour un Écossais connu pour être fier, combattif et courageux. Mais nous n'en sommes qu'aux débuts, et la recette prend bien. À l'apparition du logo Starfleet à l'image, tout le monde hurle et applaudit. À chaque nom connu prononcé, le public s'enflamme. À chaque gag inspiré par la série originale, les spectateurs en remettent une couche. Quand Spock effectue sa fameuse prise à l’épaule, c’est l’apothéose. Mince, il y a plus de fans présents que je le pensais... Et à la fin du film, à nouveau, tout le monde se lève... pour partir. Non sans avoir applaudit une dernière fois.

Question interprétation, Chris Pine, Zachary Quinto et Karl Urban (respectivement Kirk, Spock et McCoy) ont relevé avec succès un défi bien incertain au départ : reprendre des rôles façonnés depuis 43 ans par les mêmes acteurs, et ils s'en tirent drôlement bien. En fait, j’ai trouvé que Karl Urban tabasse en tant que Leonard McCoy, il est pour moi le meilleur acteur du film. À l’instar de ses collègues, il ne produit pas un clone de l’original mais il est tour à tour sérieux, sarcastique, sage, drôle, tout en restant un très compétent médecin. Pine fait sensiblement évoluer son personnage de tête brûlée au début, à un capitaine par intérim déjà capable de s'appuyer sur son équipage en situation de crise.

Lorsque enfin Kirk reçoit sa promotion de capitaine et le commandement de l'Enterprise, le personnage est plus mature, et plus proche du Kirk de la série originale. Spock lutte contre l'héritage de deux mondes si différents et laisse parfois transparaître ses émotions. McCoy se montre cynique dès le début, autant qu'il se prend d'amitié pour Kirk en qui il voit un officier qui ira loin. Uhura est super douée en langues, on ne lui en demandait pas tant, coquine va. Chekov est vite rattrapé par ces petits défauts qu'on aime chez lui, notamment se tourner en ridicule devant ses collègues ou son incapacité à prononcer un V avec son fort accent russe, ce qui lui joue un bon tour. Sulu n'y connaît rien en pilotage de vaisseau interstellaire mais il apprend vite le bougre. On lui pardonnera vite d'avoir oublié de déserrer le frein à main. Et Scotty est déjà un petit génie de l'ingénierie qui n'a besoin que d'un coup de pouce pour donner la plénitude de son talent.

Pour une introduction, c'est perfectible, la faute aux méchants qui sont sous-développés dans le scénario. Scotty est une farce, l’ombre comique de l’original. Mais on n'a pas le temps de s'ennuyer une minute, Star Trek est un film qui bouge beaucoup, assez bien rythmé. J'ai aussi remarqué qu'il n'y a pas ces sempiternels dialogues qui caractérisaient les anciens films et séries qui ont tendance à casser un peu le rythme, et ce n'est pas une mauvaise chose.

Star Trek sort ce mercredi 6 mai pour les pays dont le jour de sortie est mercredi (Belgique, France, ...) et vendredi 8 mai aux États-Unis.