En préambule, je tiens à dire que j'en veux énormément à Éric Charden. Oui, je parle bien de ce bellâtre qui roucoulait avec Stone et formaient ce mythique duo (du moins pour une frange vieillissante de la population francophone) qui chantait L'avventura, ce qui est quand même moins bien que Besoin de rien, envie de toi de Peter et Sloane. La comparaison n'est pas innocente car Jean-Pierre Savelli, le Peter du duo, fut l'inoubliable interprète du générique de X-OR, générique qui fut d'ailleurs diffusé à la nuit paranoïaque du 27 août 2005 entre 19 et 20 heures pour ceux qui se rappellent. Mais qui a connu X-OR ici mmmh? Et X-OR 02? Mais je m'égare.

J'en veux donc à mort à Éric Charden car il est LE félon qui s'est permis de renommer Harlock (le nom original du pirate) en Albator lorsque le dessin animé a été adapté pour les contrées francophones à la fin des années 70. En effet, il trouvait que "Harlock" ressemblait trop à "Haddock", l'ivrogne en casquette qui accompagne Tintin dans la plupart de ses aventures. Et à voir monsieur Charden s'exprimer sur le sujet, on pourrait croire qu'il considérait que c'était impensable que Harlock puisse garder son nom d'origine, grand fan de Tintin qu’il est.

À l'occasion de l'adaptation de la première série Albator en français, Éric Charden s'est chargé de la mise en musique avec l'aide son pote Didier Barbelivien avec de maigres moyens, mais s'en sont relativement bien tirés puisu'ils ont commis une bande originale assez large et variée, évitant de trop retomber dans la répétition. On est cependant bien loin du raffinement de la BO des Mystérieuses Cités d’Or et de ses plus de 50 morceaux.

J’ai apprécié Harlock dès que je le découvris sur la télévision française, puis en 1984 avec la seconde série. J’étais particulièrement fan du personnage et de son vaisseau. Aujourd’hui je possède trois miniatures de l’Arcadia, une statuette faite à la main (merci Thierry!) et l’intégrale des DVDs. Harlock est probablement le personnage qui m’a le plus inspiré. Il ne parle que lorsque c’est vraiment nécessaire, et est fidèle avant tout à ses idéaux. Harlock ne manque également jamais à sa parole, et viendra en aide à ses amis s’ils sont en danger. Et plus que tout, Harlock est épris de liberté. Il la vit en permanence, sous son drapeau comme il dit, flottant à son gré à travers les étoiles, et ne rendant de comptes à personne.

Albator 78 était pour moi un dessin animé assez étrange. Albator et son équipage enquêtaient au long de 42 épisodes sur les Sylvidres, des êtres humanoïdes d’origine végétale et qui brûlent comme du papier. L’enquête révèle que ce peuple aurait autrefois habité la Terre, avant les humains. Et les Sylvidres menées par leur impitoyable reine Sylvidra (que le Diable la garde) viennent pour reprendre la Terre.

Le dessin animé dépeint une société humaine entièrement soumise à ses loisirs et endormie par un gouvernement manipulateur mais non moins incompétent, qui fait tout pour ignorer la menace qui plane sur la planète bleue. Car pour eux, interrompre une partie de golf est absolument impensable! S’arrêter de regarder les courses de chevaux également. L’arrivée d’un météore gigantesque qui s’écrase au beau milieu d’une grande ville ne semble pas plus les inquiéter.

Les personnages sont variés et parfois déjantés, tel Alfred qu’il ne faut pas déranger quand il construit ses maquettes même quand le reste du vaisseau livre bataille, ou la cuisinière Suzanne qui affûte ses couteaux pour les lancer sur le chat du docteur Zéro parce que le matou fauche à la cuisine des bouteilles de saké ou de brandy pour son maître.

Pour la petite histoire, les trois derniers épisodes de la série n’ont pas été doublés et diffusés en France en 1980. Le doublage fut effectué vers 2000 pour la sortie de la série intégrale en DVD. À cette occasion, Richard Darbois, qui avait assuré le doublage d’Albator en 1980, est revenu reprendre son rôle.

Harlock est né des oeuvres de Leiji Matsumoto, également connu pour Battleship Yamato et Galaxy Express 999, tous deux adaptés en dessin animé à l’instar de Harlock. Matsumoto a un style qui se définit par des femmes longilignes aux longs cheveux, aux petits gros à lunettes, et des vaisseaux spatiaux fortement inspirés par les cuirassés de la seconde guerre mondiale.

Le manga est plus drôle que sa transposition à l'écran. On y découvre que Vilack (pas sûr de l’orthographe) et Stellie ont été créés pour les besoins du dessin animé et sont inexistants dans le manga, ce que je considère comme un plus, n’ayant jamais pu supporter cette petite pleurnicheuse, pas plus que son ocarina, faisant perdre beaucoup de temps au développement de l’intrigue. Apparemment, c’est Rintaro, le réalisateur, qui a insisté pour avoir le personnage de Stellie dans le dessin animé. Ce dernier ayant été réalisé en même temps que le manga, Matsumoto a dû faire un choix et a fini par arrêter de travailler sur le manga. Cette série de cinq volumes est donc restée depuis inachevée.

Passons maintenant en revue le reste des dessins animés. Avant toute chose, il faut savoir que Matsumoto prenait un malin plaisir à réimaginer son univers à chaque nouvelle série. Les personnages et la genèse de l’histoire s’en trouvent donc changés à chaque fois et il est futile, à mon sens, d’essayer d’établir une ligne du temps cohérente.

  • Atlantis de ma jeunesse + Albator 84

Ensemble, ce long-métrage et cette série décrivent la rencontre, l’union, et la lutte d’Albator et Alfred contre l’envahisseur humanoïde.

Précisons que ce Alfred est un personnage distinct de celui de la série précédente et que celui-ci est le concepteur de l’Atlantis. La confusion est entretenue à cause de leurs physiques similaires, leur nom identique en français, et un doubleur commun, Jacques Balutin.

Faute de succès, et face à une dure concurrence au Japon (Lamu), la série finira au bout d'une vingtaine d'épisodes. Avec cette histoire, l'Atlantis subit un lifting, est allongé, passe du bleu au vert, et arbore désormais un crâne sur sa proue. Ce design sera conservé pour les séries suivantes. Quant à Albator, il est plus engagé, plus rentre-dedans, et fait un peu tache par rapport aux autres incarnations. Autant dire que si cette version du personnage est votre favorite, ne gaspillez pas votre temps sur les autres séries, car le pirate sera à nouveau celui qu’on connaissait dans la première série.

L'adaptation en français fut désastreuse. Il y a cette confusion entre les deux Alfred, mais aussi parce qu’à mi-chemin dans la série, Alfred devint le professeur, et par la même occasion, Nausicaa est rebaptisée Cathy. Quant au gosse qui accompagnait Albator depuis le premier épisode, on n'entendit son prénom (Johnny) qu'à partir du même moment. Il y a aussi les changements réguliers de doubleurs pour certains personnages.

La série n'est pas complètement mauvaise pour autant, les combats spatiaux sont nombreux et les animations assez réussies, malgré de nombreux recyclages provenant du film d’introduction. Et les scènes de réparations sont trop nombreuses diront les détracteurs. L'Atlantis a beau être solide, il tombe souvent en panne suite aux attaques des Humanoïdes.

  • Harlock Saga

À partir d’ici, les personnages, engins et autres retrouvent leur nom d’origine. Albator est Harlock, Alfred (le fan de maquettes) est Yattaran, l’autre Alfred redevient Toshiro, etc. Quant à l’Atlantis, il se retrouve enfin appelé Arcadia. Par ailleurs, Richard Darbois devient le doubleur officiel de Harlock puisqu’il rempilera sur toutes les séries suivantes.

Harlock Saga est rien moins qu'une libre adaptation en six épisodes de la légende de l'Anneau de Nibelungen, transposée dans l'univers de Harlock. La série verra Harlock défier les dieux du Walhalla tout en tentant de récupérer puis détruire l'Anneau maudit. La bande sonore est composée des pièces musicales majeures de l'opéra homonyme de Richard Wagner, dont bien sûr, la magnifique Charge des Walkyries. Les personnages ne sont pas en reste puisque une partie des protagonistes de la légende sont présent: Albérich, Freya, Wotan, Fricka, Mime, et les jumeaux Fasolf et Fafnir. Maetel de Galaxy Express 999 fera également une apparition dans cette série.

Les résumés des épisodes précédents et suivants ont tendance à diminuer un peu l'intérêt de la série, déjà pas bien longue, mais heureusement, Harlock est toujours ce fameux pirate au grand cœur, pour qui le mot "honneur" s'écrit en lettres d'or, et les fans apprécieront. J'espère que monsieur Charden se sera étranglé avec son dîner en apprenant que le nom d’Albator a été abandonné.

  • Cosmowarrior Zero

Cette série de 13 épisodes (+ 2 de bonus en marge de l'histoire principale) montre une Humanité conquise par les Humanoïdes (encore!), mais différents de ceux de la seconde série: ce sont à l'origine des êtres vivants convertis en robots, car quelque part dans l'Univers, quelqu'un voue sa vie à anéantir toute vie en la remplaçant par des machines. La Terre, sous la sinistre influence de son conquérant, demande à l'un de ses plus grands guerriers de traquer et éliminer un pirate devenu très gênant, et connu sous le nom de Harlock.

Il faut noter que cette série est centrée sur le commandant Zero et non sur Harlock, car c'est Zero qui va jouer un rôle majeur dans la sauvegarde de l'Humanité, Harlock se réservant un rôle secondaire, mais il sera l'étincelle qui met le feu aux poudres.

Ici, Harlock commande l'Ombre de la Mort (Death Shadow), ayant l'apparence de l’Arcadia de la première série, mais peinte en vert au lieu de bleu. Toshiro, qui accompagne Harlock dans ses aventures, a déjà dessiné les plans d'un nouveau vaisseau, qui ressemble comme un frère à celui de la série Albator 84, et qui se nommera Arcadia.

Le piment dans le scénario, c'est avant tout un équipage aux ordres du commandant Zero qui mêle humanoïdes et humains, une premier officier qui ressemble comme une soeur à la défunte femme du commandant Zero, et un mystérieux vaisseau qui semble suivre leur progression. Aux travers de leurs aventures durant lesquelles ils gagneront quelques nouveaux membres d'équipage au passage, les protagonistes vont apprendre à se connaître et s'apprécier, pour s'unir dans le combat final qui les opposera au méchant de service.

Je n'ai vu cette série qu'en version originale sous-titrée, acquise avant sa parution en version française, je ne pourrai donc pas juger de la qualité de l'adaptation, mais les graphismes sont d'un niveau à peine meilleur que les précédents (après tout, Matsumoto donne beaucoup personnellement dans les projets d'animation) mais reste agréable à regarder. Si la série est centrée sur Zero, les 2 épisodes en bonus sont plus axés sur Harlock.

  • Captain Herlock Endless Odyssey

Mon favori! Herlock (oui, avec un E) revient, et cette série semble faire suite à la toute première car sont faites des références aux Mazones (le vrai nom des Sylvidres) et l’ancien équipage de l’Arcadia, aujourd’hui dispersé un peu partout dans le cosmos. Son équipage ne compte au début de la série que Harlock et Mimay, cette extraterrestre qui se nourrit exclusivement avec de l’alcool déjà vue dans Albator 78.

Pendant ce temps, l’humanité s’est reconstruite et a repris la conquête des étoiles, étendant son influence aux confins du cosmos. Les humains n’ont toutefois guère évolué depuis puisque ils dégagent littéralement toutes les ruines d’anciennes civilisations, qu’ils déposent ensuite sur une planète poubelle. Puis un jour, ils vont trop loin, et réveillent une entité très ancienne dont la première action sera de désintégrer la Terre.

Harlock, pour qui la Terre a une valeur particulière et personnelle, réunit son équipage et part enquêter sur cette mystérieuse force. En ce sens, la recette paraît familière à la série originale, mais la similarité s’arrête là. Oh, aurais-je oublié de dire que Stellie est de retour? Fort heureusement, on ne la voit presque pas.

J’apprends sur Wikipedia que cette série n’est pas seulement un retour aux sources dans l’histoire même, mais aussi dans la vie réelle: le réalisateur Rintaro qui avait réalisé la première série, ainsi que Galaxy Express 999, est de retour au même poste.

Jusqu’ici, je peux dire que c’est ma série Harlock favorite de toutes. Globalement bien soignée et accompagnée d’une musique symphonique de bonne facture, la seule chose qui m’ennuie un peu sont les exclamations de deux pirates qui ne faisaient pas partie de l’équipage d’origine.

Pour finir, je me sens le besoin d’expliquer mon apparent fétichisme du crâne blanc, qui n’est rien d’autre qu’une référence à l’Arcadia, mon vaisseau préféré entre tous.